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Sanglier poignardé par un enfant : la Fondation 30 Millions d’Amis demande l’interdiction de la chasse aux mineurs

enfant chasse 05 Sanglier poignardé par un enfant : la Fondation 30 Millions d’Amis demande l’interdiction de la chasse aux mineurs

Dans le nord-est de la France, un enfant a été poussé par son père chasseur à achever, à l’arme blanche, un sanglier à l’agonie. Cruel pour l’animal et traumatisant pour l’enfant lui-même, cet acte est pourtant admis par la réglementation sur la chasse. La Fondation 30 Millions d’Amis demande l’interdiction de la chasse aux mineurs.

« Un enfant poignarde un sanglier pour faire plaisir à son père ». Le naturaliste Pierre Rigaux dénonce, par une vidéo, une scène barbare. Les images font froid dans le dos : un enfant porte plusieurs coups de couteau à un sanglier agonisant, déchiqueté par une meute de chiens en furie. « Pique-le au cœur… aller pique le encore une fois… voilà c’est bien », tance le père qui immortalise le moment. Le pauvre animal hurle de douleur pendant plusieurs minutes avant de succomber.

Un acte autorisé par la réglementation 

Cet acte, aussi choquant soit-il, est admis par la réglementation qui autorise les mineurs à pratiquer un acte de chasse. Les chasseurs peuvent ainsi être accompagnés de leurs enfants, lesquels peuvent eux-mêmes – quel que soit leur âge – achever un animal ! Car n’est pas considéré comme un acte de chasse le fait d’achever un animal mortellement blessé ou aux abois, c’est-à-dire dans l’impossibilité de fuir. Un jeune de moins de 18 ans peut également manier un fusil pour chasser, dès 15 ans s’il est accompagné d’un adulte, et dès 16 ans s’il est seul !

 

Instrumentaliser ainsi son enfant est une forme de maltraitance parentale.

Ph. Jaffé – Psychologue, membre du comité des droits de l’enfant de l’ONU

Pour autant, dans le cas du sanglier mis à mort par l’enfant, l’acte pourrait être réprimé par le code pénal. En effet, si l’article L. 521-1 du code pénal punit les actes de cruauté et sévices graves exercés contre les seuls animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité (excluant derechef les animaux sauvages libres), il ne serait pas illogique de considérer ici que le sanglier était, au sens de ces dispositions, « captif » puisque tenu et bloqué par une meute de chiens. C’est sur ce fondement que l’association Nos Viventia a porté plainte et effectué un signalement auprès des services de protection de l’enfance. La procureure de Châlons-en-Champagne (51) a ouvert une enquête de flagrance pour « acte de cruauté contre un animal » ainsi que pour « provocation de mineur à la commission d’un délit » et « abandon moral de mineur ». L’enquête a été confiée à la gendarmerie et les informations ont été transmises au juge des enfants au titre de l’assistance éducative. « Instrumentaliser ainsi son enfant peut s’apparenter à une certaine maltraitance parentale, prévient de son côté Philip Jaffé, psychologue et membre du comité des droits de l’enfant de l’ONU, joint par 30millionsdamis.fr. Alerter les services sociaux est important. »

Des séquelles psychologiques

Car s’il est cruel pour le sanglier, cet acte est aussi choquant pour l’enfant lui-même. Certains chasseurs ont d’ailleurs exprimé leur indignation sur les réseaux sociaux : « Étant chasseur, je ne peux qu’être désabusé et dégoûté par une telle vidéo qui va à l’encontre des valeurs et de mon éthique de chasse, se désole l’un d’eux. On ne laisse pas souffrir inutilement un animal et je ne vois pas l’intérêt de pousser un enfant à faire cela sans parler du danger pour lui…..Cette personne n’a rien à faire dans nos rangs !!!! » Malheureusement, d’autres chasseurs ne semblent pas saisir le traumatisme potentiel pour le jeune garçon : « Voilà un enfant qui va en rêver longtemps de ce beau (sic) acte de chasse, un souvenir qui reste graver (sic) à jamais !! L’enfant n’a pas peur comme disent les commentaires, c’est juste un peu compliqué avec les ronces et les chiens au milieu », peut-on lire sur un autre commentaire. Bravo minot, continue comme cela. »

 

Encourager un enfant à effectuer un acte sanguinaire – légal ou pas – est dommageable pour son développement. 

Ph. Jaffé – Psychologue

Pourtant, le fait pour un enfant d’assister à un acte de violence contre un animal (a fortiori lorsqu’il en est lui-même l’acteur) est loin d’être anodin. Baisse d’empathie, moindre sensibilité, détachement vis-à-vis de la violence… De nombreuses séquelles psychologiques sont à craindre chez un individu confronté, dès son plus jeune âge, à ce genre de barbarie : « Exposer un enfant à des gestes d’une telle brutalité peut contaminer son psychisme, confirme le Dr Philip Jaffé. L’encourager à effectuer un acte sanguinaire – légal ou pas – est extrêmement dommageable pour son développement. » Sans oublier les traumatismes psychiques que peuvent générer les accidents de chasse. En septembre 2020, un garçon de 12 ans a vu son demi-frère de 16 ans mourir devant lui, après une mauvaise manipulation de son fusil…

Et si les enfants sont spontanément empathiques envers les animaux, ceux exposés à la chasse risquent de s’habituer à ces violences, voire d’y prendre goût : « Ainsi, une étude publiée en 2018 dans la revue Aggress Behav montre que les sujets ayant commis des actes de maltraitance animale ont pour particularité d’avoir été exposés à des tueries légales d’animaux (dont la chasse) durant leur enfance, constate le Dr Jean-Paul Richier, psychiatre. Ils se caractérisent en outre par leur absence d’empathie affective envers les animaux. » Les actes de violence peuvent également concerner des humains. Pour preuve, en cas d’exposition précoce, « des études rapportent un risque de conduites de harcèlement envers les autres enfants, ajoute le spécialiste. D’autres évoquent des risques de conduites transgressives ultérieures, ou encore, de commissions de dommages aux biens d’autrui»

Interdire la chasse aux mineurs 

La Fondation 30 Millions d’Amis demande au ministre de la Transition écologique et solidaire Christophe Béchu d’interdire aux mineurs, non seulement l’acte de chasse à l’aide d’un fusil, mais aussi le fait de pouvoir achever, à l’arme blanche, un animal blessé ou aux abois. En 2019, une proposition de réforme visant à interdire la participation active ou passive des mineurs à la chasse a été couronnée du prix Jules-Michelet, dans le cadre du Diplôme universitaire en droit animalier de l’Université de Limoges, parrainé par la Fondation 30 Millions d’Amis. Une proposition de loi qui pourrait inspirer le législateur.

 

La Cour européenne des Droits de l’Homme pourrait faire prévaloir le droit de l’enfant.

Hélène Barbry – Lauréate du prix Jules Michelet

La France rejoindrait ainsi d’autres pays – comme la Suisse, les Pays-Bas ou certaines régions d’Argentine – qui ont limité la délivrance du permis de chasse aux majeurs. En l’absence d’une telle réforme, le législateur français pourrait être sommé par l’Europe. « Deux libertés sont mises en balance : d’un côté, la liberté d’amener ses enfants et de les faire participer à des activités, et de l’autre, la protection de l’enfance, explique la lauréate du prix Hélène Barbry. Saisie en ce sens, la Cour européenne des Droits de l’Homme pourrait faire prévaloir le droit de l’enfant, sur le fondement des conventions qui le protègent. »

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