categorie animaux et sciences
Categories: Animaux et sciences Tags: Oiseaux, Sciences et avenir Leave a comment

Deux études révisent les théories actuelles sur la résistance aux chocs du pic-vert

Rendu célèbre par Woody Woodpecker, le pic-vert est un oiseau qui conserve bien des mystères. L’un des plus saillants est sa résistance aux chocs. Comment donc le cerveau de l’oiseau ne finit-il pas à l’état de gelée de groseille après s’être servi de sa tête comme d’un marteau-piqueur pour creuser des trous dans les arbres ? Une partie de la réponse à cette énigme vient d’être trouvée par Sam Van Wassenbergh (Département de biologie de l’Université d’Anvers, Belgique) et ses équipes, et publiée dans le journal Current Biology.

Une zone spongieuse pour amortir les chocs ?

Les premières théories évoquaient la présence d’une matière spongieuse à l’intérieur du crâne qui pourrait atténuer les chocs et protéger la cervelle du piaf de ses coups de boutoir. La présence d’un tel revêtement aurait même servi pour la conception de casques et d’airbags, rappellent les auteurs… Mais si le pic-vert possède effectivement une zone spongieuse à la base du bec, celle-ci est incapable de servir d’amortisseur, révèlent les chercheurs de la présente étude.

w453 144197 04 ct scan reconstruction skull black woodpecke with spongy bone highlight Deux études révisent les théories actuelles sur la résistance aux chocs du pic-vert

Reconstruction de la zone spongieuse entre le bec et les yeux. Crédits : Current Biology/ Van Wassenbergh et Al.

Pour preuve, ils ont filmé à haute-vitesse à l’aide de deux caméras ultra-rapides pouvant enregistrer 500 ou 1500 images par seconde (pour rappel, un film au cinéma est en 24 images/ sec) et analysé image par image la cinématique de la zone entre le bec et les yeux. Loin d’absorber les chocs, cette zone se comporte au contraire comme un tissu rigide et n’a aucune incidence sur la décélération des coups de bec. Qu’est-ce qui protège le cerveau alors ?

« Frapper une centaine de fois par jour a certainement des conséquences »

Il s’avère que si la puissance des chocs pourrait totalement endommager le cerveau d’un primate ou d’un humain, ils sont supportables pour le cerveau plus petit du pic-vert. Ce serait principalement la raison pour laquelle il n’existe pas de pic-vert plus massif pouvant asséner des coups plus violents. Leur cerveau serait alors plus volumineux et lourd et ne résisterait pas aux chocs.

Sam Van Wassenbergh et son équipe ont donc battu en brèche cette théorie largement répandue sur la résistance du cerveau du pic-vert. Du reste, précisent les auteurs, d’un point de vue évolutif, cette hypothèse ne tenait pas. D’un côté, l’Evolution aurait évidemment sélectionné les meilleurs “cogneurs“, ceux qui arrivent à dégoter les plus succulentes larves ou à creuser les plus beaux nids. Et, dans le même temps, elle aurait favorisé un rembourrage du cerveau qui serait alors venu tout contrecarrer puisque cela aurait eu pour effet de diminuer l’efficacité du forage ? 

Même si ces chasseurs/ chercheurs de pics-verts ne se sont pas posés la question, on peut se demander ce qu’il advient de la santé des vieux volatiles. Jouer ainsi en permanence au marteau-piqueur a-t-il, sur le long terme, des incidences sur le vieillissement du cerveau qui affecteraient, par exemple, le comportement de l’oiseau ? « Tout ce que nous savons aujourd’hui, dit Sam Van Wassenbergh, c’est que frapper une centaine de fois par jour a certainement des conséquences : nous retrouvons, chez les vieux spécimens, des indices de certains dégâts neurologiques. Mais aucune étude ne s’est vraiment penchée sur la question…« 

D’autant plus que le pic-vert ne se contente pas de taper comme un bûcheron sur les troncs des arbres. Ainsi, que se passe-t-il quand, à l’instar de la hache qui reste fichée dans la bûche, le bec du pic-vert se retrouve coincé dans le tronc ? C’est l’objet d’un autre article de Sam Van Wassenbergh et de ses chercheurs, publié cette fois dans le Journal of Experimental Biology.

Une structure différente du bec

Les manœuvres de l’oiseau au cours de cette excavation s’avèrent subtiles et complexes et se déroulent à la vitesse de l’éclair en 5 centièmes de seconde. Tout partirait du bec de l’oiseau : en faisant glisser, l’une sur l’autre, les parties supérieures et inférieures, cela créerait un espace dans la cavité qui permettrait d’en extraire l’organe. En effet, le frottement entre les plaques de kératine des deux parties du bec est bien moindre qu’entre le bec et le bois.

De plus, observée au microscope électronique, la microstructure de ces plaques de kératine dévoile une organisation différente, plus allongée que celles retrouvées dans les becs d’autres oiseaux. Ce qui pourrait faciliter d’autant le glissement entre les deux parties du bec durant la phase d’extraction du tronc. Un léger retrait de la partie inférieure du bec pourrait ainsi créer assez d’espace pour desserrer la prise sylvestre. Ou bien, supposent-ils encore, une légère rotation du bec dans le bois pourrait avoir pour effet d’agrandir la cavité et de faciliter son extraction.

En l’état, les chercheurs manquent encore de données pour pouvoir aboutir à une conclusion définitive. Dans leurs futurs travaux, ils envisagent de filmer, toujours en haute-vitesse et à l’oblique, la pointe du bec attaquant le bois afin de tirer au clair cet énième casse-tête.

Paru en premier sur Sciencesetavenir.fr, plus d’info sur

Sciencesetavenir.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *