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Categories: Animaux et sciences Tags: Biodiversité, Sciences et avenir Leave a comment

Plaidoyer pour une meilleure défense de la biodiversité nocturne

On le sait depuis plusieurs années, la lumière artificielle produite par les activités humaines nuit grandement aux écosystèmes nocturnes et perturbe le cycle de vie des espèces. Avec une diminution de près de 15% des zones sombres, les actions menées contre la pollution majeure sont très insuffisantes et doivent être largement développées pour rétablir des continuités écologiques où la nuit doit être la plus naturelle possible. Des scientifiques français et internationaux ont, pour cela, rédigé “un plaidoyer pour un développement mondial des infrastructures sombres pour la biodiversité”, diffusé dans la revue Landscape and Urban Planning en mars 2022, dans le but de faire connaître cette notion partout dans le monde et d’offrir des pistes d’actions efficaces.

Des impacts minimisés

Les effets de la lumière sur les espèces animales sont connus depuis plus d’un siècle et restent pertinents aujourd’hui. « Les cycles journaliers de chaque espèce ne sont pas assez pris en compte dans les stratégies de conservation déjà en place dans les trames vertes et bleues (démarche qui vise à maintenir et à reconstituer un réseau d’échanges pour que les espèces animales et végétales puissent assurer leur cycle de vie, ndlr)« , indique à Sciences et Avenir Romain Sordello, ingénieur écologue à l’unité mixte PatriNat (à l’origine du plaidoyer) travaillant avec l’OFB (Office français de la biodiversité), le CNRS et le MNHN. « Beaucoup de choses se passent la nuit mais on pense surtout au jour à cause du manque de conscience de l’impact que peut avoir la lumière, caractérisée par son influence ambiante et diffuse, sur les espèces. On sait que la pollution lumineuse agit à tous les niveaux de vie des espèces, du gène de l’individu aux écosystèmes entiers et sur différents traits, par exemple sur la croissance, la survie, la fécondité ou la mobilité, développe l’écologue. Même dans les réserves naturelles, où la faune et la flore sont censées être les mieux protégées, les espèces ne sont peu, voire pas protégées face à la pollution lumineuse. La lumière ne s’arrête pas aux zonages déterminés par la politique de la réserve et crée des zones de pressions au sein même de celle-ci. »

plaidoyer fig 1 Plaidoyer pour une meilleure défense de la biodiversité nocturne

Exemples de mécanismes d’effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité. Crédits : Patrinat, R.Sordello et al.
 

Une des causes du déclin de la biodiversité

Le plaidoyer signale que “la pollution lumineuse pourrait être l’une des causes de l’effondrement des populations d’insectes observées dans le monde.” Le phénomène est facilement observable l’été autour de l’éclairage public, où des centaines d’insectes papillonnent à proximité du halo lumineux. Romain Sordello ajoute que “le déplacement des espèces nocturnes est très parasité par la pollution lumineuse et plus particulièrement celui des insectes et des oiseaux qui se servent de la lumière naturelle de la voûte céleste pour se déplacer pendant leur migration ou pendant leur mouvement quotidien. L’éclairage artificiel agit comme de réel piège lumineux pour ces espèces se retrouvant bloquées à tourner indéfiniment jusqu’à mourir d’épuisement. À l’inverse des effets attractifs pour les oiseaux et les insectes, les installations lumineuses telles que les routes ou les ponts ont un effet répulsif pour les mammifères terrestres, les chauves-souris ou encore les reptiles, créant, là encore, de réels problèmes dans le mouvement des populations.” La fragmentation des habitats mène à des problèmes d’isolement de populations et donc à des perturbations dans les relations interspécifiques menant à des effets cascades sur la concurrence ou sur la diversité génétique par exemple. 

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