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Solitaire, le grand requin blanc chasse pourtant en meute

cover r4x3w1000 624f04f993046 045 isc12435178 Solitaire, le grand requin blanc chasse pourtant en meute

Si le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) affectionne les eaux tempérées, il semble faire preuve d’une grande adaptabilité quand les conditions le nécessitent. Grâce à des balises de localisation, des capteurs tridimensionnels et des caméras embarquées sur leur nageoire dorsale, 37 requins blancs vivant au large de l’île mexicaine de Guadalupe ont pu être suivis dans leurs déplacements et leurs interactions avec leurs congénères. L’expérience a été menée par sept chercheurs internationaux entre 2015 et 2018, qui ont publié leurs résultats dans une étude parue dans Biology Letters le 23 mars 2022.

L’objectif était d’observer les différentes dynamiques sociales entre les individus, tout en étudiant les variantes de ces interactions selon le comportement individuel et l’utilisation de l’habitat. La difficulté réside dans l’interprétation des mouvements des requins, car leurs traits de caractère peuvent influencer leurs techniques de chasse, selon qu’ils soient plutôt timides ou téméraires. Il ne suffit donc pas de quantifier ces mouvements, mais d’observer comment ces différentes attitudes s’inscrivent dans ces recherches communes de nourriture.

Les requins utilisent collectivement leur environnement le temps d’une chasse

La chasse collective saisonnière est déjà connue des scientifiques, notamment lorsque plusieurs requins s’organisent pour piéger des colonies de pinnipèdes (otaries, phoques) à la surface. Le grand requin blanc est connu pour apprécier les eaux peu profondes, toutefois, les chercheurs ont remarqué qu’il était capable de s’adapter en fonction de son environnement. Les eaux autour de l’île de Guadalupe sont trop transparentes pour tenter une chasse de pinnipède en embuscade. Les scientifiques supposent donc que les requins blancs de cette région évoluent plus en profondeur, parfois à plus de 300 mètres, où le taux de luminosité est faible. Ils utiliseraient leur habitat de façon verticale : en fonction de l’heure de la journée ou du niveau de clarté de l’eau, les embuscades peuvent être plus ou moins profondes afin de réunir des conditions optimales. Les résultats de l’étude montrent que la majorité de ces associations de requins sont diurnes, avec un pic d’interactions en début d’après-midi (13h) qui décroît au fil de la journée.

En outre, cette proximité permet aux requins blancs d’obtenir et d’échanger des informations sur la localisation d’une source de nourriture. Lorsque plusieurs requins patrouillent simultanément dans une zone, les grandes proies sociales, comme les colonies de phoques, ont plus de chance de se regrouper, ce qui facilite leur capture. Ces butins de chasse profitent au groupe, puisque les chercheurs ont souligné la présence de deux requins dans une zone où un éléphant de mer avait été tué un peu plus tôt par un autre individu.

Des interactions choisies et organisées

On observe dans les mouvements des requins des variations de cap en tandem, ou encore des individus qui se rencontrent et se suivent, à plusieurs reprises, pendant une vingtaine de minutes. Une capture vidéo a également montré, à trois reprises, plusieurs requins blancs rassemblés autour d’une même proie potentielle de grande taille (tortue, otarie et raie). Des collaborations de plus d’une heure entre un ou plusieurs animaux ont même été relevées. Cela écarte l’hypothèse selon laquelle ces rencontres seraient seulement aléatoires et furtives, mais au contraire des interactions organisées. De plus, les variations de comportement observées d’un individu à l’autre au cours de ces associations suggèrent aux chercheurs que les requins blancs occupent des positions sociales différentes.

Relativement nouvelles en milieu marin, les techniques de bio-logging utilisées dans ce cadre permettent de recueillir des informations en continu via les capteurs posés sur les requins blancs, dont les mœurs demeurent encore mal connus. Cette étude a permis de mettre en lumière des collaborations courtes mais efficaces au sein de cette espèce pendant les phases de chasse ou de recherche de nourriture. La communauté scientifique espère qu’elle ouvre la voie à de nouvelles opportunités pour étudier la sociabilité des prédateurs marins.

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