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Les cochons sont sensibles aux mélodies harmonieuses

cover r4x3w1000 624701d31b138 pigs g28a974d73 1920 Les cochons sont sensibles aux mélodies harmonieuses

SENSIBILITE. Comme les humains, les cochons ont des réactions bien différentes selon qu’ils entendent une musique discordante ou harmonieuse. Cette aptitude surprenante constitue une faculté supplémentaire chez un animal qui n’en manque pas. « Les porcs sont capables de faire la différence entre un homme familier et un étranger, et entre des objets à partir d’indices visuels, auditifs et olfactifs. En supplément, ils possèdent une sensibilité auditive similaire aux primates car ils sont capables de distinguer des mélodies de fréquences différentes », écrivent les auteurs dans un compte-rendu de leur expérience menée à la ferme expérimentale de l’Université d’Antioquia (Colombie) et que vient de publier Scientific Report.

L’équipe composée de chercheurs de l’Université de Calgary (Canada) et d’Antioquia a bénéficié des talents musicaux de Berardo de Jesus Rodriguez, un vétérinaire également compositeur qui a fourni 16 morceaux, les uns harmonieux « comme un tube pop », les autres dissonants. Ces pièces de trois à cinq minutes ont été soumises alternativement à six groupes de dix à douze jeunes porcs avec des pauses de trois minutes entre chaque morceau. Les réactions des animaux ont été filmées et étudiées selon une approche baptisée « quantitative behavioral assessment » (QBA, évaluation comportementale quantitative) qui consiste à reconnaître une vingtaine de paramètres émotionnels. Les comportements positifs comprennent les attitudes active, sans crainte, calme, content, joueur, sociable, curieux et les frétillement de la queue. La peur, l’anxiété, l’agressivité, l’agitation figurent parmi les attitudes négatives. Sans ambiguïté, les chercheurs ont constaté des attitudes radicalement différentes sur les dix groupes selon que les animaux écoutaient des sons harmonieux ou dissonants. La musique adoucit les mœurs même pour les cochons.

La difficile évaluation des émotions animales

SUBJECTIVITE. « L’étude est intéressante parce qu’il en existe peu sur ce sujet, commente Céline Tallet, chercheuse à l’UMR « Physiologie, environnement et génétique pour l’animal et les systèmes d’élevage » (PEGASE, INRAE Rennes). Or, de nombreux éleveurs diffusent de la musique dans leurs bâtiments parce qu’ils constatent empiriquement que leurs porcs se sentent mieux ». L’utilisation du QBA peut laisser penser que les observateurs font preuve d’une certaine subjectivité dans l’interprétation du comportement. Ainsi, une étude chinoise de décembre 2020 évite soigneusement le terme d’émotion pour caractériser une influence musicale sur les porcs. L’expérience a consisté à soumettre 144 porcelets séparés en trois groupes à de la musique lente ou rapide et à une absence de son. Les seuls critères du jeu et du frétillement de queue ont été retenus. Et une nette différence a été mise en évidence pour les porcs écoutant de la musique. « Le QBA est cependant une méthode robuste appliquée un peu partout dans le monde et qui est reconnue par l’éthologie », défend Céline Tallet.

Hasard de l’actualité scientifique, la même revue Scientific Report a publié le 7 mars 2022 un travail conjoint de l’INRAE, de l’école Polytechnique Fédérale de Zürich (Suisse) et de l’Université de Copenhague (Danemark) sur la traduction des vocalisations des porcs. « L’idée est de mettre en commun tous les enregistrements des cris des porcs et leur signification constatée par les scientifiques pour constituer une importante banque de données qui permette grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle de relier immédiatement un cri à un message », résume Céline Tallet, co-auteur de l’article. 

Mieux comprendre l’animal pour améliorer son bien-être

7400 cris, grognements, couinements émis par 411 porcs dans des conditions différentes, de la naissance à l’abattoir en passant par les différentes étapes de leur vie et selon les conditions d’élevage (en hors-sol ou sur paille) ont été collectés. Les bioacousticiens et les éthologues impliqués dans ce travail ont procédé à une analyse fine de la structure acoustique des vocalisations et les ont associées au contexte dans lequel elles ont été émises. Il peut s’agir d’émotions positives (allaitement, retrouvailles avec des congénères) ou négatives (bagarres, isolement). L’intelligence artificielle a permis une précision de plus de 90% dans la reconnaissance de la vocalisation et son interprétation.

Les travaux sur la musique et sur les vocalisations ont un seul et même but : le bien-être de l’animal. Les chercheurs colombiens et canadiens espèrent ainsi que leurs travaux déboucheront sur la création d’une musique spécialement destinée à l’ouïe des cochons qui serait diffusée dans les bâtiments d’élevage. «  La traduction immédiate d’une vocalisation doit permettre à l’éleveur de comprendre ce que ressent l’animal et de répondre immédiatement à son besoin ou à sa souffrance », ajoute Céline Tallet. Un animal avec autant de talents mérite bien que les humains se préoccupent de son bien-être tout au long de sa courte vie.

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